Il me parait utile de reprendre dans ce blog, un article que j’avais consacré au Rallye Dakar, en début d’année 2007. Un Rallye qui soulève toujours autant de
passion. C’est ainsi depuis le début de ce safari africain lancé par Thierry Sabine dans les années 70. Lui qui voulait tellement faire partager ses amours mécaniques au plus grand nombre, devait
y trouver la mort. Le Rallye a survécu à la disparition de son initiateur. Il a même pris une telle dimension que le joujou a échappé à la famille Sabine. Il est désormais pris en charge par un
groupe tentaculaire, mené il y a quelques années, par Jean-Claude Killy. Un champion mythique qui a bâti, paradoxalement, sa gloire dans la neige, le froid et le brouillard. Cette manifestation
est devenue incontournable pour beaucoup parce qu’idéalement programmée, est-ce vraiment un hasard, au début de l’année. Au moment où le sport, dans la plupart des disciplines, observe la trêve
des confiseurs. Dès lors, le Rallye est une véritable aubaine pour tous ceux qui sont en mal d’images et de copies. Et ils sont, d’année en année, plus nombreux à avoir le nez collé à l’écran de
la télé ou les doigts qui tapotent sans cesse sur le clavier de l’ordinateur pour aller voir ce qui se passe sur la route, version internet. Le téléspectateur est littéralement gavé d’images. La
passion du public pour le Rallye Dakar est vraiment incompréhensible. Le téléphage lambda est toujours aussi émerveillé alors que ce sont, d’année en année, les mêmes images, celles d’un désert
éternel, qui défilent à l’écran de la démesure. Le même spectacle et le même miracle qui se reproduit chaque fois ! Le filon est inépuisable pour ceux qui vivent de cette course devenue, par la
force des médias, une référence. Le Rallye, cependant, n’a pas que des inconditionnels. Il a aussi un « parti » d’opposants qui accueille de plus en plus de militants animés, pour certains, par
des arguments écologiques. L’écologie, par les temps qui courent, est beaucoup plus porteuse. Mais qui regarde vraiment le désert et surtout ceux qui y habitent ? Certainement pas les
concurrents. Ils sont tous obsédés par les chronos à respecter, et dans la mesure du possible, à battre. Ils passent à la vitesse de l’éclair dans un ciel de tempête. Comme pour fuir toutes les
misères ambiantes. Sans un regard pour la souffrance des hommes, des femmes, des enfants africains. Comme si c’était autant de statues d’un autre temps, posées sur le sable des dunes. Ce n’est
pas beau, la misère, pour les sponsors et autres argentiers de la course.
Tout en traversant les pays dits « d’accueil », le plus vite possible, les nouveaux « négriers » des temps modernes volent des images, arrachent des fresques de
leurs murs immémoriaux, pour les revendre ailleurs. Sans scrupule aucun. Et dans leur course folle contre le chrono, ils laissent des traces sanglantes dans « le bruit et la fureur » d’une nature
violée. Ces destriers modernes tuent dans l’impunité totale. La mort fait partie du spectacle offert aux repus de ce bas monde. Place alors aux images, rouges de sang, à l’émotion hypocrite.
Juste le temps nécessaire pour amasser le plus de fric possible avec la tragédie et les larmes des autres. Puis, on passe à la prochaine étape. Le téléphage a besoin d’émotion rouge ? On lui en
donne à gogo. Le Dakar a « enregistré » son 23e tué. Le 23e d’une liste ouverte… On meurt toujours sur le Dakar.