Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de OAO DZ
  • Le blog de OAO  DZ
  • : Un Blog consacré à l'Humeur du moment...
  • Contact

Recherche

23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 12:24

L’athlète algérien Boualem Rahoui a donné à l’Algérie une bien belle médaille d’or lors des Jeux Méditerranéens de 1975 organisés à Alger. Je ne suis pas près d’oublier la dernière ligne droite. Rahoui était dans les temps du record du monde. A la stupéfaction générale, celui qui était déjà un champion pour les foules de son pays, baissa la cadence après avoir constaté que ses rivaux étaient loin. Que plus personne ne pouvait l’empêcher d’entrer dans l’histoire de l’athlétisme algérien. A quelques mètres de la ligne d’arrivée, il leva les bras pour saluer un public qui espérait plus que l’or, un record du monde. Devant ce que je pensais être une absence d’ambition, de l’inconscience, ou, plus grave encore, de la bêtise, je me mis à hurler ma colère devant un tel gâchis. Boualem Rahoui monta sur la plus haute marche du podium pour recevoir sa distinction. Il donnait l’impression d’être le plus heureux du monde. Lui peut- être mais certainement pas moi." Des années plus tard, je me souviens encore, comme si c’était hier, de cette « maudite » ligne droite au bout de laquelle Rahoui pouvait entrer dans la Légende en courant. Ce n’est que trente ans plus tard, que je compris enfin le pourquoi du geste de l’athlète à quelques mètres d’une plus grande gloire. Par un pur hasard, j’ai rencontré cet homme qui m’avait fait sortir de mes gonds de spectateur passionné. Rahoui a publié un livre de souvenirs, intitulé « Le Temps d’une Pensée ». Il tenait à l’offrir, avec une dédicace bien évidemment, à un ami, journaliste sportif de renom, Benyoucef Ouadia. J’étais présent et très intéressé, comme on peut le deviner, par l’entretien entre les deux hommes. Le livre raconte la terrible misère, dans tous les sens du terme, que fut l’enfance de l’auteur. Des mots terribles, des pages de souffrance que l’on ne peut lire sans ressentir une peine immense pour le petit garçon de Aïn Témouchent. Rahoui n’a pas été gâté par la vie. Du moins dans les premières années de son existence. Il dit tout, sans retenue aucune. Comme s’il voulait que le lecteur comprenne bien ce qu’était l’enfance d’un petit yaouled dans une Algérie colonisée. Contraint de vivre au jour le jour, de tout faire pour ne pas rentrer les mains vides le soir à la maison, Boualem a vécu à la frontière de la délinquance. Il suffisait d’un rien pour passer de l’autre côté de la barrière. Il le dit aussi sans fausse pudeur. C’est le sport qui devait mettre fin au terrible engrenage dans lequel il avait mis un doigt. Il nous a promis qu’il dévoilerait tout dans un prochain livre dont la teneur sera totalementconsacrée au sport. Comme il n’était pas possible que je me contente de cette promesse, ni d’attendre plus longtemps, je fis en sorte de l’amener à parler de la fameuse finale des Jeux de 1975. Toujours aussi alerte que du temps de sa gloire sportive, Boualem Rahoui partit d’un grand éclat de rire avant d’éclairer ma lanterne : «  Je n’étais pas aussi fou que ça pour cracher sur un record du monde. Mais, dans l’instant, la première place de la finale était ma seule et unique préoccupation. Tout le reste ne pouvait être que secondaire. Je sentais bien qu’un souffle immense venait des tribunes. Tous ces gens qui me voulaient du bien, qui me poussaient dans le dos, ne pouvaient pas savoir que l’or m’importait plus que tout. Cette médaille était une sorte de clé qui allait ouvrir la porte de l’appartement qu’il me fallait à tout prix pour sortir ma famille de la promiscuité dans laquelle nous vivions. A quelques mètres de la ligne d’arrivée, je ne voyais plus rien d’autre qu’une clé. Rien d’autre. Aujourd’hui encore, je suis prêt à refaire ce que j’avais fait ce soir là.  Il faut vivre ce que j’ai vécu pour comprendre. » 

 Boualem m’a bouleversé. J’ai compris enfin. Toute ma colère de 1975 s’en est allée, définitivement. Il ne pouvait en être autrement une fois que l’on sait ce qui avait si fortement motivé Rahoui. Il y a des souvenirs qui marquent une existence.Notre auteur autodidacte en sait quelque chose. Et, surtout, ne venez pas lui parler des « bienfaits du colonialisme… » . Non, de grâce, pas à lui.

Partager cet article

Repost 0

commentaires